Rest in peace

Publié le par Franck RV prestige Mag

Il est 9 h du matin, ce mercredi 18 septembre 2002, quand la femme de Marcellin Yacé lui sert son plat préféré. De l'atiéké et du poisson grillé. Avec appétit, il prend son petit déjeuner avant d'aller au travail. Ingénieur de son, arrangeur patenté, Marcellin a rendez-vous avec des artistes dans son studio d'enregistrement, “Yacé Brother's”. Il se rend dans ce studio sis à Cocody, Cité des Arts, où il déploie son génie. Assis sur sa complice de console, avec sérénité, les artistes se succèdent devant lui. Sur son portable, les coups de fil affluent. Marcellin est invité à un anniversaire à Marcory. Le soir, en compagnie de ses amis, il se rend à cette bamboula. Les heures passent mais le show, la causerie et la compagnie le retiennent...

Entre temps, Olivier Blé l'attend à son studio pour qu'ils travaillent sur une œuvre discographique. L'heure prévue passe, point de Marcellin. L’ingénieux arrangeur est toujours dans le show. A une heure tardive, il se décide enfin à rentrer chez lui à la Riviéra. Mais étant sorti avec des amis qui habitent Cocody, il prend soin de les déposer. C'est ainsi que son chemin se détourne. Il est obligé de passer par l'école de la gendarmerie pour regagner la Riviéra. Dans sa voiture, il met la musique à fond la caisse, les vitres sont montées. il est exactement 3 heures du matin… l'homme aux doigtés magiques écoute une de ses dernières réalisations. Son portable sonne. Au bout du fil, c'est son épouse. A peine, arrive-t-elle à communiquer avec lui. Elle lui ordonne de baisser le volume de la musique et lui dit par la suite : “On tire par ici. Fais attention, car la ville est dangereuse en ce moment”. Il pense à une frayeur de femme. Mais quand il prend le tournant de la cité des arts pour aller vers la Riviera, il se rend compte en ce moment qu'il est dans le feu. Il dit à sa femme encore  en ligne : “Oui, je les vois maintenant”. Mais il est déjà trop tard. Une balle vient de l'atteindre à la main, cassant le portable qu'il tient. C'est sa dernière communication avec sa femme. mesurant la gravité de la situation, il décide de faire demi-tour. Pendant qu'il  retourne vers la cité des arts, sa voiture est criblée de balles. Il est atteint par une qui a traversé son siège. Il se débat et tente tout de même de quitter la zone. Mais déjà, il suffoque. Il cherche de l'aide. La lutte contre la mort, lui fait rater l'entrée qui mène à son studio d'enregistrement. Il emprunte alors la seconde rue. A un certain niveau, il descend de sa voiture. Frappe une porte pour qu'on lui vienne en aide. Mais  les habitants sous la frayeur des coups de canon sont blottis dans leurs lits. Marcellin n'arrive plus à respirer. Il s’écroule dans une rue de la cité des arts à Cocody où il rend l’âme, aux environs de 5 heures du matin. Son corps reste dans la rue jusqu'à 10h. C'est alors que quelqu'un appelle Tiane, la mère de sa première fille Belinda. Elle  arrive et met un pagne sur son corps. François Konian arrive quelques minutes après. Il exige qu'on ne laisse pas le corps de son “fils” comme un vulgaire personnage. Il décide alors qu'on l'emmène au CHU de Cocody. Il est ensuite évacué à la morgue du CHU de Treichville. Avant d’être, peu de temps après transféré, à IVOSEP, par les soins de François Konian. Marcelin quittait ainsi le show pour un casier froid...

Le parcours de l’artiste

C'est à 39 ans que s'est éteint Marcellin Yacé le 19 septembre 2002. Demain, cela fera 5 ans que nous a quitté celui qu'on appelait le “génie”. Mais d'aucuns se demandent qui est Marcellin Yacé. De père Aladjan et de mère Guéré, il a côtoyé très tôt la musique. Il a fait les beaux jours de l'orchestre “les Mewlessel”, puis la belle aventure avec le groupe “Woya”. C'est ce dernier groupe qui l'a relevé au grand public. Dans cette famille, il était celui qui apportait toujours la gaité. De “Kacou
ananzê” à “Ewê”, il a mis tout son savoir-faire avec ses amis pour faire danser les mélomanes. Malheureusement, cette aventure avec le groupe “Woya” va se terminer. Il quitte alors sa base de Divo pour se retrouver à Abidjan. il rencontre Alain Sawaya qui avait ouvert les studios séquences aux II Plateaux en 1989. Il est sollicité par Tantie Oussou sur le champ pour réaliser son album “Aoublé”. Marcellin veut révolutionner la musique ivoirienne. Il fait ressortir son génie créateur et donne une nouvelle coloration à cette musique. Les sollicitations pleuvent. Par l'entremise de François Konian, il arrange “Agnangnan” du groupe R.A.S. Après il fait encore parler de lui avec ses touches particulières sur les albums de Alice Sofa, Mathey, Aïcha Koné, Belinda… Sur le plan international, il a bossé sur les albums de Ray Lema, Lokua Kanza, Youssou Ndour… 
Marcellin perce d'autres mystères de la région. Vu son talent, même ses amis, dont Lokua Kanza a voulu qu'il s'installe en Europe. Mais “Tchotchoni” comme ses amis l'appelaient voulait vaille que vaille apporter son intelligence à la musique ivoirienne. Et il s’y est investi sans se ménager. Il a arrangé les albums de Ruth Tondey, Honakamy, les Boza, les Walê…
Un héritage que David Tayorault, Freddy Assogba et Olivier Blé assument avec brio. Marcellin qui communiquait la joie de vivre a lâché tous les ivoiriens, ses fans et surtout sa famille. Il a laissé quatre orphelines : Belinda, Anne Sybille, Marie Lisa, et Wendy. De l'au-delà, leur père prie pour que la providence s'occupe d'elles. Comme il était un homme pacifique et de pardon, nous savons qu'il est heureux pour la flamme de la paix qui s'est allumée en Côte d'Ivoire, même si c'est par le feu qu’il a péri. Nous supposons aussi que Marcellin Yacé est heureux pour l'avancée de la musique ivoirienne qui traverse aujourd’hui nos frontières. Nous lui rendons hommage car cette évolution, c'est lui qui l'a écrite dans son testament.
Vive l’artiste !

 

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